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troubadours
MENESTRELS ET TROUBADOURS
EN COMTÉ DE CHAMPAGNE

La musique au Moyen Age

Qu'ils soient paysans, chevaliers ou moines, les hommes du Moyen Age aiment la musique. Elle est à la fois un art et une science savante et populaire. L'Eglise la pratique pour glorifier Dieu, mais la condamne quand elle accompagne les plaisirs futiles de la danse ou des festins.

  • La musique savante et religieuse
C'est une des sept disciplines des études universitaires : science des nombres, elle utilise les sons que perçoit l'oreille. Les œuvres sont mal connues avant le 12ème siècle, période où l'on commence à noter la musique sur des partitions. En effet, les mélodies sont de plus en plus nombreuses et pour les retenir on crée, sous Charlemagne, des sortes «d'aide-mémoire» pour les chanteurs, qu'on appellera donc ensuite «partition». On va d'abord placer au-dessus de chaque syllabe du texte à chanter des signes qui indiquent l'allure de la mélodie. On perfectionnera plus tard la notation en plaçant ces signes à des hauteurs différentes : le plus aigu, le plus haut, le plus grave, le plus bas. Enfin, on associera des lettres à des sons.
Au même moment, la polyphonie se développe : il s'agit de faire chanter ensemble une voix secondaire qui commente la première, tout en s'accordant avec elle. C'est le chant dit « grégorien » dont l'invention est attribuée à tort au Pape Grégoire le Grand.


  • La musique populaire
Chants et musique ne sont pas réservés à l'Eglise. C'est aussi un plaisir populaire, individuel ou collectif. Troubadours, trouvères, ménestrels et jongleurs jouent dans les palais, les auberges et les jardins grâce à des instruments qu'ils emportent partout. Flûtes ou tambourins accompagnent les bergers ou les voyageurs. Au château ou dans les villes, la musique est un loisir très pratiqué pour accompagner le chant. Le passage des troubadours ou des trouvères renouvelle le répertoire des chansons populaires ou courtoises. Source de plaisirs, accompagnée de danse et de bonne chère, cette musique parfois condamnée par l'Eglise n'en reste pas moins très pratiquée. En effet, au Moyen Age, si tout le monde ne savait pas lire, chacun pouvait chanter. On apprenait à chanter à l'église puis on chantait pour se distraire ; la musique était un mode d'expression privilégié dans tous les milieux, aussi bien cultivés que populaires. Les instruments de musique comme la vielle, la cithare et la flûte étaient très répandus.
Longtemps, on n'a joué d'aucun instrument de musique dans les églises sous prétexte qu'ils pouvaient perturber l'attention des fidèles. Mais l'orgue finit par y être accepté. Il y a plusieurs familles d'instruments. Parmi les instruments à cordes, il y a la harpe, très appréciée des jongleurs et de la noblesse, la lyre et le psaltérion, le luth qui accompagne les voix, ou encore la guitare et la très noble vielle avec son archet.
Les instruments à vent sont aussi nombreux : les chalumeaux, dont les sons ressemblent à ceux de la clarinette, les différentes flûtes, et la muse qui rappelle la cornemuse actuelle. Les cors servent à annoncer les repas au château et les trompettes sont généralement réservées aux guerriers.
Les instruments à percussion sont plus rares. Les cloches, utilisées très tôt, sont parfois cousues sur les habits, mais on connaît aussi les tambours et les cymbales, dont les rythmes accompagnent les danseuses.
ménestrels
Troubadours et ménestrels, poètes
et musiciens itinérants du Moyen Age


Le troubadour est un homme ou une femme (trobairitz) qui se déplace de ville en ville et se produit d'un château à l'autre. Dans la langue provençale, un troubadour est celui qui
« trouve » (trobar) la musique et les mots. Ce sont des auteurs, des compositeurs qui doivent aussi savoir chanter. Ils n'écrivent pas en langue latine mais en langue d'Oc, la langue du Sud. Ils rivalisent avec les trouvères, les poètes du Nord, qui eux écrivent en langue d'Oïl.

Aux 12ème et 13ème siècles, on dénombre environ 470 troubadours. L'un deux, Guyot de Provins, a été reçu et écouté en France dans plus de 90 châteaux.
Le ménestrel est aussi un poète et musicien errant de l'époque médiévale. Il compose des vers, les chante, joue d'un instrument et raconte des histoires. Il peut aussi interpréter des chansons écrites par les troubadours. Les ménestrels distraient le public, on les appelle aussi jongleurs. La distinction entre les deux n'est d'ailleurs pas simple. Les jongleurs représentent un groupe social, jovial, facétieux et turbulent qui se caractérisent par une accumulation de talents divers. Le jongleur peut pratiquer la danse, l'acrobatie, le mime et les tours de magie, se rapprochant ainsi des saltimbanques. Il est aussi bon musicien et peut accompagner un troubadour à l'instrument ou en chantant à sa place. Il peut également composer des chansons et des contes. Ménestrels et troubadours touchent à tous les genres : ils inventent, reprennent, adaptent ou enrichissent les œuvres, à leur manière de chanter et conter, modifiant leur récit en fonction du public auquel ils s'adressent. Ils contribuent à renouveler les genres populaires ( épopée, chansons de geste...) ou à façonner des genres nouveaux (poèmes lyriques, romans courtois...).

  • L'amour courtois
Au 12ème siècle, la courtoisie se développe dans tout l'Occident. C'est une manière d'écrire, d'aimer, de penser, qui suit des règles précises. Elle est née à la cour des seigneurs : est courtois celui qui respecte ces règles de cour. La courtoisie montre d'abord un effort du monde des chevaliers pour diminuer la brutalité de son mode de vie. L'amour courtois suppose aussi une grande patience de l'amant, au lieu de l'obéissance imposée jusque-là aux femmes. Différent à la fois de l'amour brutal et de l'amour religieux, l'amour courtois doit permettre à l'homme de montrer ses qualités chevaleresques.
Cet amour courtois va s'exprimer dans l'art des troubadours qui chantent aussi des chansons de geste (Roman de la Rose), ou épopées, qui racontent en vers des exploits guerriers, ou bien des poèmes humoristiques. Au 12ème siècle, apparaît aussi le roman (La chanson de Roland, Le roman de Renart, écrit non loin de Provins d'ailleurs). Même si les premiers récits évoquent la vie des héros de l'Antiquité, la courtoisie devient le principal sujet romanesque du Moyen Age. Cet art des poètes médiévaux nous a légué des couples immortels et mythique : Tristan et Yseult ou Guenièvre et Lancelot.

Enfin, l'un de nos tous premiers poètes et chansonniers de la littérature française (textes en français et non en latin), ne fut autre que le célèbre comte de Provins : Thibaud IV de Champagne...